La réponse du gouvernement fédéral canadien à la crise de la COVID-19
Le 18 juin 2021, on pouvait lire sur la plateforme sociale Twitter, une déclaration du ministre fédéral de la Sécurité publique Bill Blair, attestant qu’en accord avec nos voisins américains, le Canada prolongera les restrictions entourant les déplacements internationaux avec les États-Unis, et ce jusqu’au 21 juillet. Cela fait déjà seize mois que la frontière canado-américaine est fermée aux voyages non essentiels. Bien la société civile est saluée l’annonce initiale et le leadership du premier ministre canadien, le maintien de ces restrictions est maintenant la cible de nombreuses critiques.
Depuis la dernière année, les gouvernements d’une pléiade de pays ont imposé des restrictions sur les voyages afin de limiter la propagation de la COVID-19. Cette décision difficile était reconnue comme nécessaire afin de prioriser la santé et la sécurité de leurs citoyens. Quels sont les principes, les normes, les règles et les procédures, implicites ou explicites, qui mènent à une telle décision ? Comment cela a été déployé par le gouvernement canadien et comment est-ce reçu par les citoyens ?
Afin de procéder à l’étude de cette situation historique, il faut au préalable définir les composantes de l’État auxquels on doit se référer.
L’OMS
En 1948, les Nations Unies ont fondé l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Celle-ci a la mission d’amener tous les peuples au niveau de santé le plus élevé possible. L’OMS est dirigée par 192 États membres de l’Assemblée mondiale de la Santé de laquelle le Canada est partie prenante. L’OMS, influence les décisions politiques internationales en matière de santé publique.
En décembre 2019, le bureau de l’OMS est informé par la Commission sanitaire municipale de Wuhan (République populaire de Chine) de cas de « pneumonie virale ». En février 2020, elle annonce que cette maladie est en fait provoquée par un nouveau coronavirus et sera nommée COVID-19. Moins d’un mois plus tard, profondément préoccupée par le niveau alarmant de propagation de la COVID-19, l’OMS déclare une pandémie mondiale et exige que les États se soumettent d’urgence à des mesures préventives agressives afin de limiter la propagation. L’appel du Directeur général de l’OMS est sans ambiguïté, les pays doivent déployer des mesures impliquant l’ensemble de leur gouvernement et de leur société. Celles-ci sont construites autour d’une stratégie mondiale visant à prévenir les infections et à sauver des vies.
Sous les orientations politiques du régime international, le Canada a déployé une profusion de stratégies pour freiner la pandémie, la fermeture de sa frontière fut l’une des premières.
L’Amérique du Nord
Le 21 mars 2020, les gouvernements canadiens et américains ont consenti mutuellement à une fermeture de leur frontière commune pour une période temporaire de 30 jours. Le premier ministre Trudeau avait toutefois précisé que cette mesure durerait le temps nécessaire. Lourde de conséquences sur plusieurs ministères, l’annonce a été faite en impliquant particulièrement la vice-première ministre et ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland, afin de s’assurer de réduire l’impact à la fois sur le commerce et les relations internationales, l’immigration et sur la sécurité frontalière.
Le gouvernement Trudeau avait déjà fermé sa frontière aux visiteurs étrangers provenant des autres continents sauf pour les personnes qui assurent le commerce des biens et des marchandises. Malgré les nombreux échanges commerciaux, qui totalisent quotidiennement 2,4 milliards de dollars et l’étroite proximité des deux pays, le maintien de l’ouverture avec son voisin du Sud devenait difficile à justifier. Afin de minimiser les désagréments sur les individus et les industries, le ministre de la Sécurité publique a dressé la liste des étrangers, américains ou d’ailleurs, qui peuvent continuer à entrer au Canada pour des raisons essentielles en se soumettant à un isolement de 14 jours.
Pour répondre aux nombreuses demandes d’exceptions et faire appliquer ces nouvelles règles, l’appareil gouvernemental, administratif, législatif et juridique a dû intensifier ses efforts et s’ajuster en fonction de la situation pandémique en constante évolution.
Ottawa
Depuis plusieurs mois, Ottawa est sous pression pour favoriser la réouverture des frontières avec son principal partenaire économique. Malgré cette pression, le gouvernement canadien maintient que le pays n’est pas encore sorti de la pandémie.
En temps normal, plus de 400 000 Canadiens et Américains franchissent chaque jour la plus longue frontière du monde. Pour plusieurs entreprises situées à la frontière canado-américaine, principalement issue de l’industrie touristique, la relance économique passe par l’ouverture des frontières.
De plus en plus de groupes de pression se font entendre et les médias rapportent des dizaines d’articles sur le sujet. Des entrepreneurs du secteur touristique du nord de l’Ontario demandent au premier ministre d’ouvrir la frontière canado-américaine aux Américains entièrement vaccinés. D’un océan à l’autre, des chefs d’entreprises de tous secteurs d’activités confondus, membres de la Chambre de commerce du Canada, exigent du gouvernement fédéral de communiquer immédiatement un plan complet pour relancer l’économie internationale et rouvrir les frontières. Sans une réouverture, les pertes de revenus envisagés pour une deuxième année de suite pourraient être fatales pour bon nombre d’entre eux.
À l’occasion d’une entrevue accordée à l’émission Zone économie, un ancien premier ministre du Québec, Jean Charest, a plaidé pour une ouverture graduelle entre les États-Unis et le Canada. S’il est clair que la volonté économique est en faveur de l’ouverture de la frontière, l’opinion publique au Canada, elle, y est assez opposée. Selon l’ex-politicien, le spectre d’une éventuelle élection fédérale à l’automne rendrait la décision d’ouvrir les frontières moins probables.
Malgré les pressions qui pèsent sur le chef canadien Justin Trudeau, cette décision, politique de prolonger à nouveau la fermeture n’est pas indépendante de la volonté populaire. Les gouvernements agissent en fonction de l’opinion publique, et en ce moment, l’opinion est opposée à la réouverture totale des frontières pour des raisons sanitaires.
La pandémie de Covid-19 et la restriction des déplacements internationaux auront eu pour effet de mettre à l’épreuve tous les niveaux du modèle de gouvernance. L’ouverture de la frontière sera également accompagnée d’une multitude de questions influencées par le régime international, les fonctions de la gouverne et l’opinion publique. Il est envisageable que les personnes qui voudront traverser la frontière devront faire la preuve d’une couverture vaccinale reconnue. Pour le gouvernement fédéral, cela signifie qu’il devra réfléchir à ce qu’il exigera des étrangers et de ses citoyens qui voudront entrer et sortir de son territoire. Quelles nouvelles mesures de contrôle la gouverne devra-t-elle déployer et comment la population les percevra-t-elle ?

